2025 # George de la Tour

Georges de La Tour

Entre ombre et lumière

du 11 septembre 2025 au 22 février 2026, le musée Jacquemart-André Paris

Le musée Jacquemart-André met à l’honneur le peintre Georges de La Tour, connu pour ses scènes intimistes et ses clairs-obscurs d’une grande intensité. Une occasion unique d’accéder à l’œuvre de cet artiste à la production restreinte et peu exposée. Bien qu’aucun voyage en Italie ne soit attesté, Georges de La Tour est influencé par Caravage, dont le style rayonne alors dans toute l’Europe. Inspiré par le caravagisme hollandais et lorrain, il développe une interprétation personnelle et audacieuse du clair-obscur qui fait toute son originalité. Ses tableaux se distinguent notamment par un réalisme et des compositions sobres, qui contrastent avec l’intensité dramatique des toiles caravagistes italiennes. Fasciné par les jeux de lumière artificielle, il réalise plusieurs scènes nocturnes à la chandelle — parmi lesquelles La Femme à la puce, Job raillé par sa femme ou encore Les Joueurs de dés — devenues emblématiques.

La flamme vacillante d’une bougie s’impose alors comme sujet central de ses œuvres (Nouveau-Né, Madeleine pénitente). La lumière, en accentuant la densité des matières, confère à ses toiles une intensité à la fois poétique, fragile et intemporelle.

S’il s’intéresse aux scènes de jeux (Le Tricheur à l’as de carreau, Les Joueurs de dés) et à la peinture de genre, Georges de La Tour est surtout reconnu pour ses toiles religieuses, empreintes d’une intensité spirituelle remarquable sous leur apparente simplicité.

En donnant visage et dignité aux figures marginales et populaires (musiciens aveugles, vieillards, paysan), l’artiste élève l’ordinaire au rang du sacré (Femme à la puce, Nouveau-Né). Peintre du peuple plus que de la cour, Georges De La Tour sublime la solitude de ses sujets et transcende la trivialité du monde par son utilisation remarquable de la lumière.

 La découverte du corps de saint Alexis, George de la Tour, 1648, Nancy, Musée historique Lorrain

Cette toile a été retrouvé dans un grenier de Nancy en 1938 et d’après des sources, elle fut en 1649 pour le gouverneur de la ville à l’époque. Un jeune garçon, dont la tête est vivement baignée de la lumière du flambeau qu’il tient, en enlevant un drap marron découvre impassiblement le corps d’un homme à l’éclat doré qui semble dormir. Il s’agirait de l’image de saint Alexis, reconnaissable par la lettre de sa vie rédigée avant sa mort qu’il détient entre ses mains. Et Georges de la Tour, en fervent du réalisme dédaigne par exemple la représentation d’ange dans son adoration des bergers; il se sert moyens qui lui son propre pour rendre présente la grâce, la sainteté, l’intimité. Déjà pour nous, habitués à un éclairage artificielle, l’utilisation d’une chandelle la nuit est une période à la sensibilité différente, notamment d’une existence fragilisée par les guerres ( la Guerre de Trente ans 1618-1648 ) , les épidémies et l’artiste avec ses scènes nocturnes enrichit d’une part les nuances des clair-obscurs et affiche une spiritualité qui lui est propre, basé sur l’ascèse, la pénitence, le recueillement méditatif.

L’histoire de saint Alexis, que raconte la Légende dorée, était alors très connue : or, c’est l’exemple même du refus dans l’ascèse poussée jusqu’au paradoxe, jusqu’à l’absurde. Alexis, jeune Romain de haute noblesse né au IVème siècle, fils unique de parents pieux et charitables dont il fait le bonheur, marié à une belle jeune fille qui l’aime, s’enfuit le soir même de ses noces et s’en va vivre au loin dans la pauvreté, ma charité, la pénitence. Au bout de dix-sept ans, il revient à Rome, dans la maison même de ses parents, où sa femme espère toujours son retour : mais , sans se faire connaître, il se glisse au dernier rang des valets, qui le méprisent et le maltraitent. Après dix-sept autres années, il meurt dans la soupente d’un escalier qui abritait sa couche, et c’est alors, par un papier trouvé entre ses mains et qui raconte sa vie, qu’on découvre à la fois son identité et sa sainteté.

C’est un thème assez rare dans l’art mais à Vic, village natif de Georges de la Tour, l’histoire de l’humble saint Alexis était assez répand, en outre il réinterprète ce moment clef où Alexis quitte la vie et est reconnu par son entourage stupéfait. ( voir la gravure de Claude Mellan La Découverte du corps de saint Alexis, 1649, burin ). Cependant, les grands mouvements autour de la mort du personnage ne lui correspondent pas, surtout à son époque de grande maturité, il se concentre ici sur la valeur didactique plutôt que narrative. Et comment a-t-il pu mettre en peinture avec réalisme la sainteté? Saint Alexis, allongé, découvert par une lumière douce, semble dormir dans un manteau de bleu nuit, il porte une ceinture doré et s’est seulement par la lettre qu’il tient dans les mains, qu’il partage le récit de son abnégation pour sa foi en Dieu. Sa bouche reste entrouverte comme s’il finissait de prononcer une prière ou s’il s’adressait à l’ingénu garçon qui l’a discerné dans le noir. Nous sommes comme le jeune page aux vêtements rutilants, car grâce à ce flambeau qu’il porte de la main droite, vers le spectateur, nous sommes aussi intensément éclairés en observant le corps paisible d’Alexis sanctifié.

Six faits marquants sur la vie et l’œuvre de Georges de La Tour :
Baptisé en mars 1593 à Vic-sur-Seille en Lorraine, et issu d’une famille de boulangers, Georges de La Tour est le deuxième d’une fratrie de sept enfants ;

En 1638, un incendie provoqué par les troupes françaises pendant la Guerre de Trente Ans détruit sa maison, son atelier et une partie de ses œuvres. L’artiste trouve finalement refuge à Nancy, avec une partie de sa famille ;

En 1639, il est nommé « peintre ordinaire du roi » par Louis XIII. À ce titre, il loge au Louvre et est officiellement reconnu par la cour et le milieu artistique parisien ;

À l’apogée de sa carrière, il peint pour des mécènes prestigieux tels que le cardinal Richelieu ou les ducs de Lorraine, et devient l’un des notables les plus fortunés de Lunéville ;

Peu de ses toiles sont signées et datées – parmi elles Les Larmes de saint Pierre, 1645, Le Souffleur à la pipe, 1647, et Le Reniement de saint Pierre, 1650 –, ce qui explique qu’il soit rapidement tombé dans l’oubli après sa mort en 1652 ;

Redécouvert seulement en 1915 par l’historien d’art allemand Hermann Voss, il doit sa « renaissance » à l’étude de deux tableaux conservés au musée d’arts de Nantes : L’Apparition de l’ange à saint Joseph et Le Reniement de saint Pierre.

Commissariat : Dr. Gail Feigenbaum

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