2025 # Ribera

Ribera

Ténèbres et lumière

du 05 novembre 2024 au 23 février 2025, Petit Palais Paris

Le Petit Palais présente la première rétrospective française jamais consacrée à Jusepe de Ribera (1591-1652), peintre d’origine espagnole qui fit toute sa carrière en Italie, qualifié comme l’héritier terrible du Caravage. Pour Ribera, toute peinture – qu’il s’agisse d’un mendiant, d’un philosophe ou d’une Pietà – procède de la réalité, qu’il transpose dans son propre langage. La gestuelle est théâtrale, les coloris noirs ou flamboyants, le réalisme cru et le clair-obscur dramatique. Avec une même acuité, il traduit la dignité du quotidien aussi bien que des scènes de torture bouleversantes. Ce ténébrisme extrême lui valut au XIXe siècle une immense notoriété, de Baudelaire à Manet.

Jusepe de Ribera, Maddalena Ventura et son mari, « La Femme à barbe », 1631, Huile sur toile, 196×127 cm Hopital Tavera – Fondation Medinacelli, Tolède

En 1631, Ribera est appelé au palais royal par le duc d’Alcalá pour témoigner par une œuvre d’un prodige de la nature. L’événement est explicitement retranscrit par l’inscription présente sur les blocs de pierre à droite : l’artiste a peint « d’après le modèle vivant » (AD / VIVVM MIRE DEPINXIT) le portrait de Maddalena Ventura, une femme de 52 ans originaire des Abruzzes qui, après avoir donné naissance à trois enfants, à l’âge de 37 ans, se vit pousser une barbe épaisse, sans doute du fait de dérèglements hormonaux. Le peintre tient à attester de ce prodige de la nature (EN MAGNV[M] NATVRA MIRACVLVM), précise l’inscription, qui devait constituer un phénomène tel qu’il était digne d’être consigné par le plus célèbre peintre de Naples à ce moment. Ribera date (16 février 1631) et signe son œuvre, en se comparant lui-même à Apelle, peintre le plus illustre de l’Antiquité. Ribera nous offre un portrait de famille résolument non conventionnel, en rupture radicale avec l’art du portrait de cour en son temps. Le spectateur ne peut qu’être frappé par cette image frontale mettant l’accent sur le contraste entre la longue barbe noire et le sein blanc gonflé de lait sorti du corsage pour nourrir l’enfant. Néanmoins, la grande humanité, voire la noblesse, des figures l’emporte sur l’incongruité de la représentation.

Avec plus d’une centaine de peintures, dessins et estampes venus du monde entier, l’exposition retrace pour la première fois l’ensemble de la carrière de Ribera : les intenses années romaines, redécouvertes depuis peu, et l’ambitieuse période napolitaine, à l’origine d’une ascension fulgurante. Il en ressort une évidence : Ribera s’impose comme l’un des interprètes les plus précoces et les plus audacieux de la révolution caravagesque, et au-delà comme l’un des principaux artistes de l’âge baroque.

Commissariat :
Annick Lemoine, conservatrice générale, directrice du Petit Palais. 
Maïté Metz, conservatrice des Peintures et Arts graphiques anciens au Petit Palais.

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