PIERRE SOULAGES

PIERRE SOULAGES . L’OUTRENOIR

Photo © Raphael Gaillarde, RMN

Textes de Bruno Duborgel autour des œuvres de Pierre Soulages présentées au Louvre en 2019

Des anciens Brous de noix et Goudrons sur verre à ces Outrenoirs récents, le parcours artistique de Pierre Soulages décrit un imprévisible chemin d’aventure et de renouvellement, et, en même temps, affirme une fidélité rigoureuse à une même quête celle d’un art, dit-il, «qui ne transmet pas de sens, mais fait sens […], qui est avant tout une chose qu’on aime voir, qu’on aime fréquenter, origine et objet d’une dynamique de la sensibilité». On songe à Yves Bonnefoy «Le sensible est une présence, notion quasi déserte de tout sens», ou à Fernando Pessoa «Les choses n’ont pas de signification, elles ont une existence.»

Ce que cet art nous donne à voir, ressentir, contempler, méditer, c’est bien, en effet, la surprise du monde, de l’être, leur moment apertural, auroral, virginal, et les paradoxes des liens de l’apparition et de la disparition, de l’absence et de la présence, et de la coappartenance, du noir et de la lumière. Cet art est encore une concrétude somptueuse, la présence picturale d’un être de matière, de lumière et de silence capable de crucifier le temps, une prospection interrogative de l’inconnu «J’ai la conviction», note Pierre Soulages, «que peindre est ce qu’était écrire pour Mallarmé, “une ancienne et très vague mais jalouse pratique, dont git le sens au mystère du cœur […]. Qui l’accomplit, intégralement, se retranche.”»