2026 # Splendeurs du baroque

Splendeurs du baroque De Greco à Velázquez
Du 26 mars au 2 août 2026, le Musée Jacquemart-André

Le Musée Jacquemart-André met à l’honneur l’art baroque hispanique dans l’exposition Splendeurs du baroque, organisée en collaboration avec la Hispanic Society of America de New York. Pour la première fois en France, une quarantaine de chefs-d’œuvre de maîtres tels que Velázquez, Greco ou Zurbarán sont présentés au public, offrant un aperçu exceptionnel de l’un des moments les plus féconds de l’histoire de l’art européen.

Entre le XVIe et le XVIIe siècle, l’Espagne connaît une période de prospérité et d’influence culturelle exceptionnelle, portée par la Contre-Réforme catholique. Dans cet empire qui s’étend de l’Europe aux Amériques, la peinture s’impose comme un vecteur majeur d’expression politique et religieuse, donnant naissance à une esthétique puissante où les sujets spirituels dominent, tandis que le portrait connaît un essor remarquable.

L’exposition propose ainsi un dialogue entre différentes figures majeures de la peinture espagnole. Les œuvres de Greco, marquées par une spiritualité visionnaire et un style singulier, côtoient les compositions d’une grande sobriété de Francisco de Zurbarán, maître des scènes religieuses contemplatives. Avec Diego Velázquez, le portrait atteint une dimension nouvelle : ses figures, d’un réalisme saisissant, révèlent une profonde attention à la psychologie des modèles, comme en témoigne son Portrait de Jeune fille.

À travers ces artistes et leurs contemporains, le parcours met en lumière la diversité d’un baroque nourri d’influences italiennes et flamandes, mais également enrichi par les échanges avec le monde américain.

Repères pour comprendre l’Art baroque Hispaniques :

1492 : la prise de Grenade marque la fin de la Reconquista et l’unification politique et religieuse de l’Espagne, tandis que le voyage de Christophe Colomb ouvre l’ère des grandes découvertes et de l’expansion coloniale ;
Fin du XVIe siècle : des artistes venus de toute l’Europe, tels que Greco et Antonio Moro, participent au renouvellement de la peinture espagnole en lui insufflant innovation et vitalité ;
1603-1628 : présence de Rubens en Espagne et influence du baroque flamand. En opposition à l’idéalisme maniériste, l’art baroque privilégie la vraisemblance sans négliger le décor, notamment sous l’impulsion de l’Église ;
1623 : Diego Velázquez est nommé peintre officiel de Philippe IV, marquant l’émergence d’un nouveau langage pictural dans le portrait et la peinture de cour ;
À partir de 1650 : recul de l’influence du caravagisme au profit du baroque italien et d’un chromatisme plus intense, évoquant le colorisme de l’École vénitienne ;
1660 : mort de Velásquez et apparition d’une nouvelle génération d’artistes espagnols au langage plus théâtral et exubérant ;
1700 : la mort du roi Charles II, dernier Habsbourg d’Espagne, met progressivement fin à cette période de rayonnement artistique et politique en Espagne.

LUIS DE MORALES (vers 1510 – 1586) Ecce Homo vers 1565-1570 huile sur panneau Don d’Archer M. Huntington, 1914

Dans l’Évangile de saint Jean, le gouverneur romain Ponce Pilate présente au peuple le Christ supplicié en déclarant: « Voici l’homme» (Ecce homo en latin). Conformément à la tradition, le Christ apparaît meurtri et couronne d’épines, à côté d’un homme richement vêtu qui le désigne. Scindée chromatiquement et conceptuellement en deux, la composition renforce l’opposition entre les figures. Le cadrage rapproché sur fond noir – hérité de la devotio moderna médiévale, un courant de piété qui privilégie une méditation intime sur les souffrances du Christ – et les traits émaciés des visages accentuent le pathétique du martyre tout en donnant au fidèle l’illusion d’un face-à-face avec le Christ. Actif à Badajoz (au sud-ouest de l’Espagne), Morales se spécialise dans des rétables et des peintures de dévotion d’une piété intense, diffusés jusqu’au Portugal.

FRANCISCO DE ZURBARÁN (1598-1664), Sainte Émérentienne vers 1635-1640 huile sur toile, Don d’Archer M. Huntington, 1925

Sainte Émérentienne lève les yeux vers le ciel et présente sur un livre les pierres de son martyre.
Grandeur nature, elle se détache d’un fond sombre traversé d’un rayon lumineux qui enveloppe ses habits opulents à la mode du xvii® siècle. Actif à Séville, Francisco de Zurbarán était renommé dans toute l’Espagne et aux Amériques pour ses natures mortes et ses peintures religieuses. Renouvelant avec un naturalisme mesuré les modèles de la fin du xvi siècle, il excelle par son attention délicate aux visages et son rendu minutieux des textiles et des matières, qui répondent à la rigueur de ses compositions.
Issues de cycles destinés aux couvents féminins, ces portraits de saintes solitaires formaient de véritables processions le long des murs. Le langage à la fois sobre et éclatant de Zurbarán répondait aux exigences d’une spiritualité contemplative fondée sur l’exemplarité des saints.

Francisco de Zurbarán, Sainte Lucie, v. 1630, photo: courtesy of The Hispanic Society of America, New York

DOMÉNIKOS THEOTOKÓPOULOS, DIT GRECO (1541-1614), Saint Luc vers 1590 huile sur toile, Don d’Archer M. Huntington, 1925

Entre Renaissance et baroque, les peintures de dévotion de Greco assurent son succès artistique et commercial à Tolède et font de lui une référence pour les générations suivantes. Dans cette composition sobre et percutante, saint Luc tient un manuscrit et un pinceau, rappelant son statut d’évangéliste et, selon la légende, de premier portraitiste de la Vierge. Le dépouillement du décor, la gestuelle expressive et l’attitude contemplative caractérisent le style que Greco développe en Espagne. Le Saint Luc et le Saint Jacques le Majeur de la Hispanic Society of America ont pu servir de prototypes aux variantes plus tardives figurant dans l’apostolado de la cathédrale de Tolède. Cette série de portraits d’apôtres se distingue par l’ajout exceptionnel de l’évangéliste par Greco. Au-delà du sujet religieux, Greco semble s’identifier au saint patron des artistes, élevant la peinture au rang de pratique noble et spirituelle.

DOMÉNIKOS THEOTOKÓPOULOS, DIT GRECO (1541-1614), Saint Jacques le Majeur vers 1595 huile sur toile, Don d’Archer M. Huntington, 1925

La Hispanic Society of America : un trésor artistique à New York
Fondée en 1904 par l’érudit et mécène américain Archer Milton Huntington, la Hispanic Society of America est l’une des principales institutions consacrées à l’étude et à la diffusion des cultures hispaniques et lusophones. Installée à New York, elle abrite aujourd’hui une collection exceptionnelle comprenant des milliers d’œuvres : peintures, sculptures, manuscrits, objets d’art et pièces archéologiques, couvrant plusieurs siècles d’histoire. Alors que l’institution mène actuellement un vaste programme de rénovation de ses bâtiments historiques, une sélection de ses chefs-d’œuvre a été confiée au Musée Jacquemart-André. Cette collaboration permet de présenter en France un ensemble rare de peintures illustrant toute la richesse du baroque hispanique.

Le Musée Jacquemart-André, Exposition Splendeurs du baroque De Greco à Velázquez Du 26 mars au 2 août 2026